Colloque au sénat le 4 juillet sur la coopération bilatérale décentralisée : « un modèle de coopération à soutenir et développer » – L’exemple de la coopération décentralisée entre la Savoie et le département de Bignona au Sénégal

Echanges sylvicoles dans la teckeraie classée de Diegoune
Echanges sylvicoles dans la teckeraie de Diégoune sur le département de Bignona
22 septembre 2025

Un colloque s’est tenu au Sénat en France le 4 juillet 2025 à l’initiative de l’Agence française pour le développement (AFD), de Citées Unies France (CUF) et sous le patronage du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE) sur les coopérations internationales entretenues aujourd’hui par les collectivités territoriales (communes, départements, régions..) avec leurs homologues des pays partenaires.

Nombre de collectivités territoriale françaises entretiennent en effet des coopérations, souvent dans le cadre de leurs politiques de jumelage mais aussi dans le cadre d’une politique affirmée de solidarité internationale, avec les pays en développement. De telles coopérations peuvent être soutenues financièrement par l’AFD par une ligne de financements spécifiques : Facilités de financements des collectivités locales françaises (la FICOL).

L’objectif de ce colloque était de dresser un état des lieux de ces coopérations infranationales soutenues par l’AFD, qui peuvent concerner des thématiques comme l’urbanisme, la santé, la gestion de l’eau, gestion des eaux usées et des déchets,.., tout autant de thématiques rentrant dans le champ de compétences des collectivités territoriales françaises mais aussi  aussi la gestion durable des forêts et le développement de l’agroforesterie.

Plusieurs témoignages de coopération entre collectivités territoriales ont été exposés.

Un aperçu non exhaustif des projets soutenues par l’AFD en 2025

A titre d’exemple, la présence de Souleymane Goudiaby, Président du Conseil Départemental de Bignona au côté de Christiane Brunet, vie-présidente du Département de la Savoie a permis d’illustrer ce type de coopération bilatérale décentralisée.

Cette coopération entre les deux départements, initiée dans les années 1995 (côté savoyard par Michel Barnier alors président du Département de la Savoie), portait sur des actions de soutien aux politiques sanitaires du département de Bignona. Mais pour répondre aux problématiques des populations de Bignona, un volet forestier a été jugé très vite nécessaire et rajouté comme thématique de cette coopération bilatérale. Si le Département de la Savoie disposait du savoir-faire  de l’Association Pays de Savoie Solidaires comme opérateur et acteur des actions sociales à mener avec Bignona, il a du solliciter l’appui  d’opérateurs forestiers extérieurs our le deuxième volet.

Le Président de Bignona a pu ainsi présenté les deux projets et évoquer les actions en cours  :

  • le projet « Action Sociale de l’Autre », co-financé par l’AFD dont l’objectif est de contribuer au renforcement des politiques sociales à Bignona et en Savoie, au service des personnes les plus défavorisées (personnes en situation de handicap physique et mental, femmes victimes de violences, personnes en situation de grande dépendance).
  • le projet de  « gestion durable des forêts et de développement de l’agroforesterie durable » dans le département de Bignona au Sénégal dont les objectifs sont de :
    • Structurer les organisations forestières et animer la planification à l’échelle départementale
    • Développer une large synergie d’acteurs en faveur de la préservation des forêts
    • Mettre en œuvre des actions de gestion forestière via des chantiers sylvicoles
    • Structurer la filière départementale des fruits agroforestiers et produits transformés
    • Commercialiser les produits d’origine Casamance
    • Développer l’énergie solaire
    • Réduire la consommation de bois-énergie

      travaux forestiers pour améliorer la gestion durable des forêts de Bignona en Casamance au Sénégal
      Travaux forestiers de délimitation, de création de pépinière, de traitement d’inventaires à Bignona en Casamance au Sénégal mais aussi présentation d’un martelage de coupe de bois dans une forêt communale de la Savoie pour améliorer la gestion durable des forêts de Bignona 

Pour ce faire, le projet forestier a reçu le soutien financier de la part de l’AFD en 2020 visant à la mise en œuvre d’actions de gestion durable des ressources forestières de Bignona. En 2024, une seconde phase de ce projet forestier intégré au programme de coopération décentralisée entre les Départements de Savoie et de Bignona vise à :

    • Mettre en place des instances de gouvernance à long terme (Office départemental des forêts, CUMA forestière, Coopératives agroalimentaires) ;
    • Générer des retombées économiques locales par la commercialisation des produits agroforestiers (compensant ainsi le revenu des coupes illégales de bois) ;
    • Instaurer un nouveau modèle énergétique décarboné (moins de bois, plus d’énergie solaire).

Cette deuxième phase porte sur un montant de 680.000 € , dont 500.000 € sont pris en charge par l’AFD.

Cet évènement a été l’opportunité pour les deux représentants des départements de la Savoie et de Bignona de montrer les impacts concrets de cette démarche sur les deux territoires :

  • la structuration d’un Pôle Social Territorial à l’échelle du Département de Bignona ; la construction d’infrastructures essentielles pour l’accueil des bénéficiaires bignonois ; la facilitation de démarches d’innovations dans les politiques sociales du Département de la Savoie
  • la sensibilisation des populations locales à la gestion durable des ressources forestières, le reboisement de forêts, la mise en place de plans d’aménagement durable forestier sur Bignona, … et des échanges techniques et de sensibilisation des populations et acteurs de la filière forêt-bois entre forestiers bignonois mais aussi savoyards

Cette coopération bilatérale présente en effet la particularité et la richesse d’une réciprocité des actions de coopération technique et d’échanges de savoir-faire entre les acteurs de la Savoie et de Bignona. Les visites techniques se font dans les deux sens : des opérateurs techniques de la Savoie allant au Sénégal quand des opérateurs de Bignona viennent découvrir en Savoie les techniques et modes de gestion forestière dans leurs domaines de compétence.

Hervé Gaymard, président du conseil départemental (et ancien président de l’Office national des forêts) de la Savoie avec Souleymane Goudiaby, président du conseil départemental de Bignona au Sénégal et Christiane Brunet, vice-présidente départementale en charge de la politique de Solidarité du département de la Savoie

© Département de la Savoie

 

Commentaires de l’AFT :

Nombre de collectivités territoriales (Régions, Départements, communes..) françaises sont engagées dans des politiques de solidarité internationales avec les pays émergents ou en développement. Et cela est à féliciter. Mais d’autres ne le sont pas pour diverses raisons et notamment par méconnaissance des actions et soutiens techniques et financier possibles. L’action de structures comme le CUF est donc essentielle.

Parmi les thématiques actuellement mises en œuvre dans le cadre de ces coopérations, les enjeux forestiers restent peu ciblés, sans doute de par l’importance des programmes forestiers orchestrés dans le cadre des politiques internationales et portés par les actions de coopération entre Etats et aussi parce que la gestion forestière n’entre pas explicitement dans le champ des domaines de compétences des communes (cela est moins vrai pour les départements et régions). La coopération entre les départements de la Savoie et de Bignona au Sénégal montre tout l’intérêt et l’efficacité des projets infranationaux, à l’échelle d’un département, voire d’une commune. Quelques précautions restent malgré tout nécessaires :

  • Les outils et structures d’appui technique à la foresterie tropicale sont très peu connus techniquement de ces collectivités territoriales. Concernant les structures d’appui françaises, des structures comme le Centre International de la Recherche Agronomique et d’aide au développement (CIRAD), l’Office national des forêts (ONF), organisme bien connu des communes et départements français, et sa filiale internationale, des bureaux d’étude français spécialisés dans la foresterie tropicale, voire diverses ONGs (GRET, AVSF, AFT, …) peuvent utilement les conseiller,
  • Les actions similaires menées antérieurement sont souvent ignorées (peu de cumuls et transferts d’expériences) et là encore l’appui et des opérateurs techniques cités ci-avant voire des associations de collectivités territoriales (fédération nationale des communes forestières de France, Cités Unies France..) peuvent y remédier,
  • La connaissance des financeurs français est un atout pour renforcer les possibilités d’actions de ces politiques de coopérations bilatérales décentralisées. L’AFD par exemple peut apporter un tel appui participer à la promotion de telles actions de coopération entre collectivités.  Mais la coordination, voire la complémentarité, avec d’autres projets déjà existants, leurs historiques et leurs résultats tant technique que sociaux en particulier, méritent d’être améliorées,
  • Les effets de tels projets peuvent être limités les politiques et législations de niveau national des pays concernés… : nécessité de cohérence, nécessité a minima d’un lien institutionnel et politique pour ces projets afin qu’ils soient intégrés dans les stratégies nationales,
  • ..

Par contre, les coopérations bilatérales infranationales, à l’instar des micro-organisations non gouvernementales, présentent bien des intérêts :

  • Ces actions bilatérales entre collectivités territoriales Nord Sud passent sous le « radar » national français et sont impactées dans une moindre mesure par les relations politiques que le gouvernement français peut entretenir, parfois avec des périodes de tensions diplomatiques, avec ses homologues des pays en développement
  • L’intérêt de ces actions est souvent leur durabilité car découlant souvent d’un statut de jumelage entre les collectivités ou d’un engagement de politique de solidarité fort d’une commune, d’un département…, alors que des politiques nationales et internationales développent à travers leurs programmes d’actions et de financements à (trop) courts termes, empêchant souvent tout travail de fond pour résoudre des questions d’ordre social ou de sensibilisation. A titre d’exemple, la coopération Savoie-Bignona se poursuit des lors, sans discontinuer depuis plus de 30 ans !
  • Ces projets peuvent être multithématiques et pluridisciplinaires, favorisant ainsi leurs efficacités respectives : comment réaliser des reboisements sans traiter les questions d’infrastructures, de filière bois, de bois-énergie, de ressource en eau, d’énergies de substitution, de sensibilisation et d’éduction …
  • La réciprocité de ces coopérations mise en œuvre par quelques-unes de ces coopérations dont celle de Savoie Bignona, valorise l’efficacité de ces projets mis en œuvre et renforce également les liens humains essentiels pour générer une confiance mutuelle et favoriser toute action de long terme

Ce type de coopération bilatérale à l’échelle des collectivités territoriales présente donc suffisamment de points positifs pour être encouragé et développé. Cela nécessite donc bien un soutien des financeurs français et une politique de communication au niveau des collectivités territoriales concernées.

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