
Par Bernard Mallet, président de l’AFT
Après des études universitaires en biologie à la Sorbonne (Paris, France), Francis Hallé prépare ensuite, sous le pilotage du professeur Mangenot, une thèse de doctorat au sein de l’ORSTOM à Adiopodoumé, Côte d’Ivoire, thèse soutenue en 1967 à l’université d’Abidjan : « Etude biologique et morphologique de la tribu des Gardéniées (Rubiacées) ». Cette thèse fait en particulier ressortir les grandes qualités de dessinateur botaniste de son auteur.
Après des séjours en République du Congo et en RDC, puis en Indonésie, il devient professeur de botanique à l’Université de Montpellier, où il contribue à la formation de nombreux élèves, français et étrangers, qui ont par la suite apporté leurs compétences à différents organismes de recherche dont l’IRD, le Cirad, les universités, …
En association avec Roelof Oldeman, il avait développé dans les années 1970 la notion de modèle architectural (cf. « Essai sur l’architecture et la dynamique de croissance des arbres tropicaux »), regroupant l’ensemble des modèles architecturaux qui permettent de rattacher la majorité des plantes, et en particulier des arbres.
Françis Hallé est par la suite devenu très connu et fortement présent dans les médias, d’une part par le projet de radeau des cimes, d’autre part par ses nombreux ouvrages et films, et enfin et plus récemment par son projet de reconstitution d’une forêt « primaire » en Europe.
Le projet de « radeau des cimes », conçu et mis en œuvre avec le pilote aérostier Dany Cleyet-Marel et l’architecte Gilles Ebersol, a permis à de nombreux chercheurs d’étudier au plus près la canopée de forêts tropicales dans différents pays, avec des expéditions menées en Guyane, Cameroun, Gabon, Madagascar, Panama, Laos, de 1986 à 2012.

Infatigable défenseur des forêts « primaires » tropicales, il insistait sans relâche sur la nécessité de les protéger.
Ses travaux et sa vision ont été médiatisés par de nombreux ouvrages scientifiques ou pédagogiques (cf. « Eloge de la Plante » en 1999 ; « Plaidoyer pour l’arbre » en 2005), la participation à des films (cf. « Il était une forêt » en 2013), des expositions (cf. « Nous les arbres », à la fondation Cartier, à Paris), à de nombreuses conférences.
Depuis 2021, il avait lancé avec l’appui de son « Association Francis Halle pour les forêts primaires » l’idée de recréer (sur 6 à 7 siècles…) en Europe de l’Ouest une grande forêt « primaire » à cheval entre plusieurs pays (France, Belgique), projet encore en phase de conception et de discussion.
Sa vision et son militantisme pour des forêts primaires tropicales totalement « indemnes » de l’action de l’homme a contribué à porter la protection de ces forêts comme un enjeu majeur auprès du grand public. Mais cela a également généré un certain nombre de désaccords, voire de « dissensus », au sein des parties prenantes concernées (chercheurs, gestionnaires, administrations, populations, …) souhaitant privilégier une gestion durable de ces écosystèmes forestiers, en combinant enjeux environnementaux, mais aussi dimensions économiques et sociales au service des pays forestiers tropicaux et de leurs populations. Les connaissances actuelles montrent d’ailleurs que les forêts « primaires », en Amazonie comme dans le Bassin du Congo, ont depuis fort longtemps été habitées et gérées par les populations autochtones.
Sa vision assez critique des plantations forestières était également un sujet de controverse, compte tenu de la grande diversité des plantations forestières et de leurs objectifs ; ces dernières peuvent effectivement remplir des rôles aussi bien sociaux, qu’économiques et environnementaux lorsqu’elles sont conçues et gérées dans une vision de développement durable en partenariat avec les populations locales.
Nous retiendrons et rendons hommage au très grand botaniste forestier qu’était Francis Hallé, à sa capacité à combiner formation, approches scientifiques et valorisation médiatique, et à l’infatigable énergie qu’il a mis au service des forêts tropicales.