Un « nouveau fonds innovant pour la conservation des forêts », le TFFF (Tropical Forest Forever Facility)

Forêt amazonnienne©Laurent Descroix
21 novembre 2024

Forêts tropicales : questions sur le fonds de conservation proposé par le Brésil

Par Alain Karsenty, économiste au CIRAD

Le Brésil, à l’instar d’autres pays possédant des forêts essentielles pour l’équilibre planétaire, doit préserver l’Amazonie. Pour contrer la déforestation, des outils financiers existent déjà et de nouveaux mécanismes sont en développement. Cependant, il est crucial de ne pas financer le statu quo et il faut en outre s’assurer, avec l’accord et la participation des pays bénéficiaires, que les fonds dédiés à la protection de la forêt soient utilisés de manière optimale.

A la CoP 16 de Cali sur la biodiversité, l’annonce d’un « nouveau fonds innovant pour la conservation des forêts », le TFFF (Tropical Forest Forever Facility)1, a suscité beaucoup d’enthousiasme, si l’on en croit le site Mongabay.com qui consacre un article à ce sujet2. Le fonds est déjà inscrit à l’ordre du jour du sommet des dirigeants du G20 au Brésil du 18 au 19 novembre 2024.

De quoi s’agit-il ? Le TFFF est calqué sur le modèle des « fonds fiduciaires pour la conservation », dont le capital (généralement constitué de dons de pays industriels et de fondations, voire d’échanges « dette-nature ») est confié à un gestionnaire d’investissement qui le place sur les marchés financiers internationaux, en obligations ou en actions. Les intérêts et les dividendes annuels servent à financer le fonctionnement d’aires protégées, sans toucher au capital. Ce modèle économique est généralement viable, et les fonds fiduciaires pour la conservation ont surmonté notamment la chute des cours des actifs financiers lors de la crise financière de 2008.

Le TFFF fonctionnerait sur un modèle similaire, sauf que les fonds investis par les États et des investisseurs privés seraient des prêts. Le rendement moyen attendu serait de 5,5 % par an. Voici ce que prévoient les promoteurs du TFFF, rapporté par Mongabay.com : « Des pays riches tels que les États-Unis, la Norvège, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et les Émirats arabes unis (…) prêteront, et non donneront, 25 milliards $, avec un taux de rendement fixe sur 20 ans. Ces investissements étatiques devraient servir de capital d’amorçage pour les philanthropes et les milliardaires au cœur vert [sic], qui investiront 100 milliards $ supplémentaires − en une seule fois, et non pas année après année. Si tout fonctionne comme prévu, le portefeuille diversifié d’investissements rapportera suffisamment pour rembourser les investisseurs à un taux fixe (…). Les gains supérieurs à ce taux, estimés à 4 milliards $ par an, seront mis à la disposition d’environ 70 pays tropicaux en développement afin de les indemniser pour leurs forêts anciennes intactes, matures ou restaurées, mais pas pour leurs plantations, à raison de 4 $ par hectare. Les pays recevront des paiements annuels pendant 20 ans, après quoi le fonds sera clôturé. En cas de déforestation, les pays seront pénalisés de 400 $ par hectare perdu au cours d’une année donnée »3.

Continuité de la diplomatie environnementale du Brésil

Ce n’est pas exactement une idée nouvelle, le Brésil, initiateur de cette proposition, l’avait déjà esquissée à la CoP 28 sur le climat en 2023 à Dubaï, et l’idée d’un fonds est encore plus ancienne, puisqu’en 2007, le président Lula da Silva avait proposé la création d’un fonds international contre la déforestation. À cette époque, le Brésil, soutenait l’idée du mécanisme REDD+ (un mécanisme onusien dont le principe est de rémunérer les pays pour la baisse des émissions de CO2 issues de la déforestation ou l’augmentation du stock de carbone découlant d’actions délibérées) mais ne voulait pas y associer de crédits carbones forestiers. En effet, la diplomatie brésilienne considérait que les pays industrialisés devaient d’abord réduire leurs émissions et non se dispenser d’efforts en achetant des crédits carbone forestiers aux pays du Sud, notamment au Brésil qui avait engagé une politique courageuse d’application des lois qui conduira à une baisse spectaculaire de la déforestation en Amazonie entre 2005 et 2012. Dans la foulée, avait été créé le « Fonds Amazone », avec d’importants apports financiers de la Norvège et de l’Allemagne, qui finance des programmes visant à enrayer les causes de la déforestation et à fournir des incitations aux producteurs : cadastre rural, paiements pour services environnementaux, etc.

Intégralité de l’article sur le lien suivant https://www.lagrandeconversation.com/ecologie/forets-tropicales-questions-sur-le-fonds-de-conservation-propose-par-le-bresil/