COP30 de Belem : les COP servent-elles encore à quelque chose ?

COP 30 Belém
12 janvier 2026

Par Claude Lebahy, adhérent de l’AFT

N.B.: les propos ci-après ne reflètent pas forcément la position de l’AFT mais bien celle de l’auteur

La COP30 de Belem au Brésil s’est déroulée fin novembre 2025, dix ans après la signature de l’Accord de Paris sur le climat et trente ans après la 1ère COP. Pour quels résultats ?

Historique

Pour rappel, le principe de conférences des parties (COP) est né lors du  sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 où plus de 178 pays se rencontrent pour la conférence décennale de l’ONU sur l’environnement et le développement. Est alors signée la Déclaration de Rio de Janeiro  donnant une définition « officielle » du développement durable. Cette déclaration prévoit la tenue d’une convention sur le climat pour rendre nécessaire la réduction des émissions de gaz à effet de serre et minimiser l’impact humain sur le changement climatique. Les pays signataires de la convention sur le climat du sommet de Rio se retrouveront pour trouver des solutions concrètes pour lutter contre le changement climatique : c’est la fameuse “conférence des parties” (COP) qui se tiendra annuellement dans une ville différente en réunissant acteurs politiques comme acteurs non gouvernementaux (ONG, entreprises, villes, citoyens etc.) afin de représenter au mieux la société dans la lutte contre le changement climatique.

La première COP de Berlin en 1995 fixe pour chaque pays signataire des objectifs chiffrés en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de réductions correspondantes à atteindre. Cet engagement chiffré passe une série de mesures et d’engagements politiques.

En 1997, la COP de Kyoto définit un protocole qui, pour la première fois, contraint les pays signataires à encadrer les émissions de CO2. Les objectifs sont chiffrés : réduire de 5,2% les émissions de gaz à effet de serre planétaires d’ici 2020 en se servant de l’année 1990 comme référence.

La COP21 de 2015 à Paris, jugée alors par beaucoup comme un « moment historique » grâce à la signature de l’Accord de Paris, entérine que la communauté internationale fera tout son possible pour contenir le réchauffement climatique bien en-dessous de +2°C, voire le limiter à +1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle 1850/1900 . Pour ce faire, tous les États s’engagent alors à publier leurs propres objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre (GES).

En parallèle (septembre 2015), l’ONU décrète l’Agenda 2030 avec pour objectifs la lutte contre la pauvreté, faire face au défi climatique et lutter contre les inégalités, l’exclusion et les injustices. La finalité du développement change de paradigme :là où la croissance économique était autrefois le dogme et synonyme du progrès, l’Agenda propose une vision plus holistique, articulée autour de 17 Objectifs de Développement Durable (ODD), qui intègrent les dimensions sociales, environnementales, économiques et institutionnelles. L’Agenda 2030 invite ainsi les États à dépasser leurs logiques purement productivistes, pour adopter un modèle de développement durable, centré sur l’éradication de la pauvreté, la réduction des inégalités, la lutte contre le changement climatique et la préservation des ressources naturelles.

Qu’en est-il aujourd’hui de ces objectifs ?

Les émissions de gaz à effet de serre, principales causes du changement climatique, continuent au niveau mondial d’augmenter : voir le schéma ci-après. Une lecture simpliste de celui-ci ferait paraitre les UE et les EU comme de bons élèves face à la Chine. Celle-ci, devenue l’usine du monde, émet pour  assumer sa croissance intérieure mais aussi pour produire les biens du monde occidental qui lui délocalise nombre de ses unités de production.

Dans son Bulletin de 2024, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) constate que :

  • La moitié du CO2 émis annuellement demeure dans l’atmosphère, le reste étant absorbé par les écosystèmes terrestres et océaniques.
  • Le stockage de ces écosystèmes n’est pas permanent d’un part et est de moins en moins efficace, à cause de l’augmentation de la température mondiale : le CO2 est moins soluble dans une mer chaude, les forêts, victimes de sécheresses et d’incendies en augmentation, deviennent des puits de carbone moins efficaces.
  • L’accroissement record entre 2023 et 2024 du taux de CO2 (plus de 1,5 %) dans l’atmosphère s’explique en grande partie par les émissions dues aux feux de forêts en augmentation et un épisode El Nino intense générant sécheresse et incendies exceptionnels (cas de l’Amazonie et de l’Afrique australe)

Voir schéma ci-après

Concernant l‘augmentation des températures, le graphique de l’OMM est du même acabit !

Pire encore, les politiques d’observation et de lutte contre le changement climatique sont remises en cause et drastiquement réduites, voire supprimées par des chefs d’Etat de plus en plus nombreux : les présidents Trump aux EU d’Amérique, Milei en Argentine, Poutine en URSS, Modi en Inde,….

Par ailleurs, la pauvreté et la misère dans le monde augmentent  alors que la richesse globale augmente ! Si les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux. Il en est hélas de même pour les inégalités, les injustices et l’exclusion.

 

COP 30 de Belem

C’est dans ce climat d’échecs et de bousculements politiques que la COP 30 se tenait. Fort de ses symboles : sa localisation au Brésil, à Belem au cœur de l’Amazonie, territoire de nombreuses populations indigènes vivant dans et de la forêt tropicale, pays du sommet de Rio, cette COP 30 a suscité beaucoup d’espérances. Hélas, elle a surtout généré beaucoup de déceptions :

–  les énergies fossiles et les sujets liés à la déforestation ont été exclus de l’ accord signé, suite à une opposition frontale des grands producteurs de pétrole et de gaz (Arabie saoudite, Russie, certains pays du Golfe) et au silence prudent de la Chine.

– son accord final a été adopté au forceps par le président de cette COP, André Corrêa do Lago, secrétaire d’Etat au climat, à l’énergie et à l’environnement du gouvernement Lula,  malgré l’opposition de plusieurs pays : UE, Colombie, Kenya, petit Etats insulaires,…  qui n’ont pas eu droit à la parole pendant les discussions de l’accord !

– L’Union européenne,  seule région juridiquement contrainte par une trajectoire de neutralité carbone à 2050, n’a donc pas pu affirmer quelconque leadership à la COP30, malgré la présence de la présidente de l’UE

– les délégations des populations indigènes ont été entendues (et encore) mais pas écoutées.

– Les appels à augmenter les ambitions de chaque État pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (contribution déterminée au niveau nationale : NDC) n’ont pas non plus eu l’écho escompté.

– La question du financement de la lutte contre le changement climatique, resté en suspens à Bakou, a certes évoluée à Belem mais reste à l’état de déclaration. A la COP 29 de Bakou, les pays s’étaient quittés sur la nécessité de verser une aide de 300 milliards de dollars chaque année par les pays du Nord à leurs partenaires du Sud à partir de 2035 pour financer leur transition énergétique. Un montant notoirement insuffisant au regard de l’ampleur des investissements à réaliser, qui avait poussé les pays développés à promettre une autre enveloppe, de 1.300 milliards de dollars cette fois, et qui mobiliserait à la fois des fonds publics, des taxes et des investissements privés, sans toutefois dévoiler la façon d’y parvenir. Ce montant a été acté à Belém mais sans engagement concret encore une fois.

Parmi les rares avancées validées, le Brésil est parvenu à lancer son programme « Forêts tropicales pour toujours » (FTTT), fonds d’investissement qui doit rémunérer les pays préservant leurs écosystèmes forestiers. Un montant de 5,5 milliards de dollars a été d’ores et déjà annoncé par le Président Lula. Ce mécanisme reste toutefois hors de l’égide des Nations unies car seuls 53 pays ont approuvé cette démarche. Mais encore une fois, avec quelle fiabilité et quelle efficacité ?

Pas de calendriers, d’engagements,  de feuilles de route…, comme le souhait le Président Lula : ces promesses financières suscitent effets d’annonces médiatiques mais dans les faits restent souvent lettres mortes (cf. le financement de la Grande Muraille Verte). Comment la parole politique peut-elle encore restée crédible ?

En marge de ce calendrier, différents dossiers ont parallèlement stigmatisé l’incohérence des hommes d’Etat et de leurs politiques :

–  Au Brésil, ce projet titanesque de méga train, le Ferrogrão, fait rêver le secteur du soja brésilien, mais menace la forêt amazonienne avec son tracé de 933 kilomètres qui risque d’accélérer la déforestation.

– En Europe et en Amérique du sud, la signature du Mercosur, va développer les exportations agricoles d’Amérique du sud vers l’Europe, au détriment de l’agriculture européenne, et générer des  déforestations importantes. Cet accord  de l’UE avec l’Amérique du sud intervient alors que l’UE met en place enfin sa politique du RDUE (réduction de la déforestation sur les produits agricoles et forestiers importés) à partir du 31 décembre 2025, soulignant  l’incohérence entre ses politiques économiques et environnementales !

– la relance des prospections pétrolières et gazières par les EU d’Amérique, par la Russie… va à l’encontre des décisions préconisées par le GIEC et l’Accord de Paris au dépens du développement des énergies renouvelables (« en un an , Trump aura fait baisser de 50 % la production d’énergies renouvelables aux EU » selon l’Agence internationale de l’énergie !)

Enfin, une douzaine d’États a signé, à Belém, un texte inédit contre la prolifération de fausses informations amplifiées par les algorithmes. Pour les Nations Unies, la bataille contre la désinformation est devenue une condition essentielle du succès des négociations climatiques et de plans d’actions pour lutter contre.

Conclusions

Si cette COP de Belém a réuni  plus de 56.000 participants, dont plus de 1.600 lobbyistes estimés pendant deux semaines (pour un cout financier et un bilan Carbone qui n’apparaissent nulle part dans aucune publication), son accord jugé par tous décevant peut donc être jugé largement négatif !

Il est désormais admis que l’objectif de l’Accord de Paris d’une augmentation limitée à 1,5 °C n’est plus possible. Les projections indiquent que cette augmentation pourrait atteindre, non pas 2,0 °C mais 3,0 °C, voire plus !

Cette 30ème COP a illustré encore davantage le rapport de force entre puissances économiques et financières fortes de leurs énergies fossiles, face à des pays qui en sont dépourvues. Le tout sur fonds d’intérêts géostratégiques, dans une ambiance de suspicions de la part des principaux dirigeants (EU, Russie, Argentine…) vis-à-vis des travaux scientifiques menés sur le changement climatique, les conduisant à une remise en cause des normes environnementales adoptées par les prédécesseurs dans leurs pays respectifs. Elle a également souligné l’opposition entre pays en proie à l’absence ou au rétrécissement de leur espace civique, l’inexistence ou la baisse de confiance dans les institutions démocratiques, générant une hausse des mouvements populistes et des régimes autoritaires, face à des pays traditionnellement marqués par des cultures démocratiques, favorables à la délibération collective, aux dynamiques démocratiques locales et donc favorables à un État de droit, respectueux des droits humains et des dialogues de leurs sociétés civiles.

Certains considèrent malgré tout que les COP restent un lieu de la diplomatie, où les États reprennent la main et négocient en direct (même si d’autres acteurs : scientifiques, sociétés civiles… y sont conviés). Au sein de ces assemblées, « au-delà de l’urgence climatique, apparaissent des enjeux géopolitiques où priment souvent les intérêts particuliers » (cf. article du CNRS). Mais faudrait-il que tous les pays (et non pas les seuls signataires) participent à ces débats et en acceptent les règles de dialogue. Le cas de la présidence actuelle des EU d’Amérique illustre cette faillite de concertations et ce désintérêt pour les causes environnementales mondiales. En faisant retirer une nouvelle fois les EU de l’Accord de Paris, par un décret signé le 1er jour de son mandat en janvier 2025, le président Trump personnalise ce désintérêt et inspire hélas nombre de ses congénères autocratiques.

Dans un monde de plus en plus fragmenté, « les COP et les accords qui en découlent sont probablement le signe le plus tangible de la possibilité de faire vivre une forme de multilatéralisme, une arène où entretenir l’idée de la construction d’un monde commun », estime Marta Torre-Schaub. L’anthropologue Jean Foyer confirme : « On peut les voir avec cynisme, mais l’autre solution c’est la guerre de tous contre tous, ce qui fait probablement de l’accord de Paris un bien commun très précieux dans le contexte géopolitique actuel. ». Les COP sur les changements climatiques resteraient donc l’occasion de dialoguer entre différents types d’acteurs., mais pas forcément les plus influents.

Mais à faire de ces COP des évènements purement médiatiques et les réduire à des actes de communication diplomatique dépourvus de plans d’actions concrets, à ignorer les augmentations de températures, d’émissions de gaz à effets de serre, depuis 30 ans , pourtant le fondement même de ces COP, les politiques jouent un jeu dangereux qui décrédibilise davantage encore l’intérêt de ces COP, au moins dans leurs formes et gouvernances actuelles.

Afin d’échapper aux enjeux géopolitiques internationaux, afin de palier à l’inertie de ces COP, il semble pour le citoyen lambda qu’il revient aux sociétés civiles de chaque pays de porter des actions bilatérales décentralisées, de concrétiser la lutte contre le changement climatique. Communautés de terrain (communes, villages, villes…), ONG et acteurs économiques locaux apparaissent aujourd’hui en effet aux yeux des citoyens du monde comme les acteurs les plus crédibles pour lutter efficacement contre le changement climatique comme pour la conservation et la restauration des forêts face à l’inefficacité des politiques internationales pourtant fort dispendieuses.

 

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