
Une conséquence de la guerre au Moyen-Orient sur les forêts tropicales pointe : Pour répondre au manque d’hydrocarbures, qui ne transitent plus à ce jour par le détroit d’Ormuz, toujours bloqué, et viser une plus forte autosuffisance, l’Indonésie et la Malaisie vont augmenter la teneur en huile de palme dans leurs agrocarburants, dans l’objectif, aussi, de faire baisser les prix à la pompe. La Malaisie, par exemple, importait 38 % de ses besoins en pétrole brut via le détroit d’Ormuz avant la guerre contre l’Iran. Dès le mois prochain (juin 2026), la Malaisie commencera à produire du biodiesel contenant 15 % d’huile de palme pour 85 % de diesel, avant de relever la part d’huile de palme à 20% puis à 50% dans les prochaines années, tandis que l’Indonésie veut passer de 40% d’huile de palme à 50% dans son biodiesel dès le mois de juillet. Cet agrocarburant est notamment utilisé par les camions, les autobus, les utilitaires avec l’idée est, là encore, de réduire la dépendance aux importations.
Ces pays asiatiques en parallèle augmentent leurs exportations d’huile de palme vers la Chine, l’Inde et le Pakistan, confrontés à des degrés divers aux mêmes problèmes énergétiques. Cela veut dire à terme planter davantage de palmiers à huile, quitte à aggraver la déforestation, alors que celle-ci est déjà reconnue comme liée au recru des inondations et glissements de terrain qui ont fait plus de 1.000 morts à Sumatra en novembre dernier.
De leurs côtés, les Etats-Unis, le Brésil et l’Argentine augmentent leur production d’huile de soja pour les biocarburants.
Le conflit au Moyen-Orient et ses impacts sur l’approvisionnement en hydrocarbures de la planète et en particulier de l’Asie incite les pays importateurs à limiter leur dépendance vis-à-vis des pays producteurs de pétrole. Mais le choix de développer les biocarburants a pour résultante un impact induit sur la forêt tropicale avec une déforestation à la hausse.
Si les derniers chiffres 2025 de la FAO mettait en exergue une baisse de la déforestation dans le monde, au moins en Amérique du sud et en Asie, (ce qui n’est pas le cas malheureusement dans les pays du bassin du Congo où la déforestation reste à la hausse) cette tendance reste fragile face à la crise énergétique mondiale actuelle et sans doute future.
Selon World Resources Institute, la déforestation 2025 était inférieure de 13 % à la moyenne de référence de 2018-2020 en Asie du Sud-Est et en Mélanésie. La déforestation dans la région a diminué de 12 % entre 2024 et 2025 après une augmentation en 2023 et trois années de taux plus faibles auparavant. Mais la déforestation reste à un niveau élevé : 1,5 millions d’hectares ont été déboisés en 2025 en Asie du SE et Mélanésie. La tendance observée en Asie du Sud-Est est largement due à l’archipel indonésien, malaisien et laotien, qui représentent près des trois quarts de la déforestation de la région entre 2018 et 2024.
Dans le même temps, la déforestation 2025 dans le bassin amazonien (1,2 millions d’hectares) a diminué de 38 % par rapport à la moyenne de référence de 2018-2020. La forte baisse de la déforestation de 29 % entre 2022 et 2023, et de 34 % entre 2024 et 2025, montre que ces réductions sont possibles et dépassent la réduction de 20 % nécessaire chaque année par rapport au scénario de référence pour atteindre zéro déforestation entre 2025 et 2030. La tendance observée dans le bassin amazonien est largement due au Brésil, qui représente environ les trois quarts de la déforestation totale du bassin entre 2018 et 2025. Les pics et les baisses constatés dans le bassin reflètent les taux élevés de perte au Brésil entre 2016 et 2022, ainsi que la diminution rapide observée en 2022, 2023 et 2025.
La situation dans ces pays confirme que la déforestation, globalement en baisse ces dernières années, reste aussi et encore un « outil de développement » comme cela fut largement le cas dans certains pays (Brésil, Côte d’Ivoire…) à la fin du XXème siècle, la gestion forestière durable ne constituant pas une véritable alternative économique face à la rentabilité de certaines cultures (hévéa, café, cacao, huile de palme…) dont la côte financière à la hausse pourrait relancer la déforestation, voire face au développement des cultures vivrières nécessaires à l’alimentation des populations à la démographie croissante.
Quoiqu’il en soit, le développement des biocarburants reste une menace pour les forêts tropicales et d’autres alternatives énergétiques moins impactantes pour les forêts tropicales doivent être encouragées par la communauté internationale.