
Par Bernard Mallet, président de l’AFT
Les épisodes de canicule subis par nombre de pays ont remis à l’honneur le rôle microclimatique des arbres, (et des parcs et jardins) dans les villes et villages, et leur contribution à l’adaptation de leurs populations à ces phénomènes de plus en plus fréquents.
Bien que cela soit une évidence pour les « forestiers » comme pour celles et ceux vivant dans des cités arborisées, les fonctions « microclimatiques » des arbres, connues depuis toujours, (sans vouloir remonter jusqu’au jardins de Babylone !) sont toutefois intéressantes à rappeler. Un accent majeur (scientifique, médiatique, politique) a en effet été porté au cours des années passées sur les fonctions de stockage de carbone des arbres et des forêts et sur leur contribution au maintien de la biodiversité.
Mais ces fonctions microclimatiques (ombrage, réduction locale de la température, régulation hygrométrique, …) qui ont un impact majeur pour la vie des populations en ville comme en milieux ruraux (cf aussi les systèmes agroforestiers) ne sont pas portées « politiquement », à la différence des volets carbone et biodiversité, avec leurs « COPs » et leurs engagement politiques . La plantation ou le maintien d’arbres en ville apparait parfois comme un outil de communication au service des gestionnaires de la ville.
Trois ouvrages et articles récents, bien documentés, sur les fonctions microclimatiques des arbres urbains, s’intéressant en particulier aux situations africaines, ont attiré notre attention. Vous en trouverez un résumé ci-après :
1- Citons tout d’abord l’article de The conversation ci-dessous :
Manuel Esperon-Rodriguez ; Researcher in Urban Transformation, Western Sydney University; Rob McDonald, Research Scientist, City University of New York; Tirthankar Chakraborty, Earth Scientist, Pacific Northwest National Laboratory- mai 2026
Résumé :
Les villes sont généralement plus chaudes de 1 à 3 °C que les zones rurales environnantes, car l’asphalte, le béton et la brique absorbent la chaleur solaire pour la restituer lentement. Dans certaines villes, cet écart peut atteindre 7 °C. Ce phénomène est appelé « îlot de chaleur urbain ». Il peut s’avérer dangereux, en particulier dans les pays chauds. Par forte chaleur, la déshydratation et l’épuisement dû à la chaleur deviennent des risques bien réels ; une chaleur excessive peut même s’avérer mortelle.
Il existe une solution simple : les arbres en milieu urbain. Partout dans le monde, les autorités multiplient les plantations pour contrer cette chaleur. Mais quelle est l’efficacité réelle de cette mesure ? À quel point nos villes seraient-elles plus chaudes en l’absence d’arbres ? Pour le savoir, nous avons analysé les données de près de 9 000 villes à travers le monde, abritant environ 3,6 milliards d’habitants. Nos nouvelles recherches révèlent que les arbres réduisent de près de moitié la chaleur emprisonnée par l’effet d’îlot de chaleur urbain.
2 – Une analyse plus spécifique a été conduite en Afrique (plus particulièrement Afrique de l’Est), et publiée en mai 2026 par Johannesburg City Parks and Zoo (JCPZ)
« Urban Forests and Green Spaces in Africa: Case Studies and Lessons from Across the Continent brings together 34 case studies from 14 African countries ».
Résumé :
La population de l’Afrique est désormais estimée à près de 1,5 milliard d’habitants ; le continent s’urbanise plus rapidement que toute autre région du monde et les projections indiquent que près de 80 % de la croissance démographique future se concentrera dans les zones urbaines.
Alors que le réchauffement climatique se poursuit, les données scientifiques confirment avec un haut degré de certitude que les journées et les nuits chaudes deviendront plus fréquentes, tandis que de nombreuses villes côtières devraient faire face à des risques d’inondation accrus liés aux précipitations et à l’élévation du niveau de la mer.
À travers le continent, les autorités nationales, les conseils municipaux et les gouvernements locaux se tournent de plus en plus vers les arbres et les espaces verts comme éléments de solution. Toutefois, l’efficacité et la viabilité à long terme de bon nombre de ces initiatives continuent de susciter des interrogations.
Un nouvel ouvrage, qui présente 34 études de cas issues d’Afrique australe, orientale, occidentale et septentrionale, place les arbres et les espaces verts urbains au cœur des efforts visant à relever les défis interdépendants du continent en matière de climat, de biodiversité et d’inégalités.
3 – Enfin un troisième article fai le point sur la littérature sur ce sujet (Urban Trees and Cooling: A Review of the Recent Literature (2018 to 2024) By Michael Alonzo, Peter C. Ibsen, and Dexter H. Locke) a également été publié récemment :
Résumé :
Les arbres urbains atténuent les effets des chaleurs extrêmes grâce à l’ombrage et à l’évapotranspiration, mais leur efficacité rafraîchissante varie selon leurs caractéristiques, les configurations spatiales et le climat. Cette revue systématique synthétise les résultats de 115 études (publiées entre 2018 et 2024) en appliquant les protocoles ROSES (RepOrting standards for Systematic Evidence Syntheses).
Les études ont été classées selon la situation géographique, la zone climatique et l’indicateur de chaleur utilisé (par exemple, la température de surface du sol ou la température de l’air), révélant un déséquilibre géographique en faveur de l’Amérique du Nord et de l’Asie, ainsi qu’une sous-représentation des zones arides et tropicales. Les résultats montrent que les arbres urbains surpassent systématiquement les autres types de végétation en matière de rafraîchissement, en particulier dans les climats chauds et secs lorsque l’eau est disponible. Les houppiers denses et élevés assurent un rafraîchissement à grande échelle, tandis que les plantations mixtes incluant des arbustes ou des pelouses renforcent les effets locaux.
Toutefois, des conclusions divergentes apparaissent selon que l’on mesure la température de surface du sol ou celle de l’air, ces indicateurs réagissant différemment à la présence du couvert arboré. Parmi les lacunes majeures dans les connaissances figurent le rôle des espèces indigènes par rapport aux espèces non indigènes dans les climats arides, l’influence de la morphologie urbaine sur le rafraîchissement et la performance des arbres lors d’épisodes de chaleur extrême.
La plupart des études restent limitées à une échelle restreinte et offrent une généralisabilité réduite, soulignant ainsi la nécessité constante de disposer de connaissances spécifiques à chaque ville. Cette revue met en évidence le rôle crucial des arbres urbains dans l’atténuation de la chaleur et souligne l’importance d’harmoniser les objectifs et les méthodes de recherche pour orienter efficacement la planification et les pratiques.
Bibliographie d’ouvrages plus anciens sur le sujet des arbres en ville :
Au-delà de ces fonctions microclimatiques, les arbres urbains ont bien entendu de multiples fonctions, non seulement environnementales, mais aussi sociales et socioéconomiques qu’ont bien connus celles et ceux ayant vécu dans de grandes ou petites villes africaines. Je citerais ainsi l’article publié en 1998 dans la revue Le Flamboyant N° 48, en septembre 1998, par notre collègue et ami François Besse appuyé par deux stagiaires, « Foresterie urbaine, par B. Dutrève, F. Pinatel et F. Besse ».
https://silva-riat.org/images/pdf_flamboyant/47_Flamboyant_47.pdf
Cet article est le résultat d’une étude menée dans deux grandes villes d’Afrique de l’Ouest, Nouakchott en Mauritanie et Ouagadougou au Burkina Faso. Le travail est basé sur un inventaire forestier détaillé dans les différents quartiers des deux villes. Près d’une trentaine d’espèces arborées sont ainsi présentes dans ces villes, avec une forte différenciation entre quartier ; l’étude fait ressortir les déterminants à la fois historiques, politiques et socio-économiques de ces peuplements arborés urbains. Elle souligne aussi la diversité des attentes des populations de ces villes par rapport à ces arbres.
https://journals.openedition.org/etudescaribeennes/27668?langues
L’étude fait l’état de l’offre de service public des parcs et jardins du District d’Abidjan. Elle s’appuie sur des articles scientifiques, rapports d’experts et récits de quotidiens. La revue est complétée par l’inventaire du patrimoine physique et des enquêtes auprès des services municipaux des 10 communes du district d’Abidjan et des usagers.
Les résultats montrent que les 124 parcs et jardins publics dont dispose le District d’Abidjan sont organisés en quatre grands types : les parcs forestiers, les jardins de quartier, les jardins intégrés à l’habitat et au réseau routier. Aussi, l’offre de service est en baisse du fait de l’inégale répartition, la dégradation et la disparition des parcs et jardins publics selon les communes. L’État s’efforce de gérer une partie du patrimoine vert urbain avec une tendance affirmée par la création d’autres jardins intégrés à la voirie plus facile à entretenir, mais aménagés sur des sites d’accès difficile pour les usagers. Il s’appuie aussi sur des partenaires privés pour la gestion des espaces où une autre partie du patrimoine est louée ou cédée. Ici encore, le service public devient payant et n’est accessible qu’à une partie de la population abidjanaise. Disparité, insuffisance, ségrégation et enclavement constituent ainsi autant d’obstacles qui accréditent la diminution de l’offre de service à Abidjan et peuvent être d’une crise des espaces verts.
Conclusions :
Rappelons également que L’IUFRO (Union Internationale des organisations de recherche forestière) dispose d’un groupe de recherche sur la foresterie urbaine https://www.iufro.org/divisions/60000-social-aspects-of-forests-and-forestry/60700-urban-forestry . Ce groupe est assez dynamique en Amérique du Nord ou en Europe, comme le montre le dernier congrès européen sur la foresterie urbaine organisé en mai 2026 (https://www.iufro.org/media/fileadmin/publications/proceedings-archive/60100-60700-efuf2026-abstracts.pdf ), mais il ne semble pas que ce groupe de recherche de l’IUFRO sur la foresterie urbaine présente une dynamique notable en Afrique.
Au vu de la diversité des membres de l’AFT, ce sujet pourrait peut-être en intéresser certains membres et faire l’objet de partenariats de recherche avec certaines universités ou écoles agronomiques ou forestières.
Ouvrage téléchargeable gratuitement :